LES DEBOIRES D'UNE VEILLEUSE OCCASIONNELLE
Publié le mercredi 12 septembre 2012, 02:19 - METIER - Lien permanent
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Faisons-nous tous, réellement, de la veille, au sens « professionnel » du terme ?
Ce billet s'adresse à tous les veilleurs occasionnels. J'y raconterai d'abord comment j'ai commencé par faire toutes les erreurs possibles, et ensuite, j'expliquerai "comment je me suis améliorée" en donnant une compilation d'astuces incontournables pour réaliser une veille faite avec amour et lue avec plaisir!__
Récemment, dans une situation liée à mon emploi, j’ai du réfléchir à la question de la formalisation d’une veille. Je dois bien avouer que cela est arrivé suite à un constat d’échec : après enquête plus ou moins subtile, je me suis aperçue que certains de mes collègues, à qui ma veille était destinée n’ouvraient pas le mail qui la portait jusqu’à eux dans une démarche « push »!
« Trop d’infos, pas le temps, j’ouvre uniquement les mails importants ». ET clac, dans ta face ! La veille étant une des tâches les plus importantes de notre job, j’en déduisis que c’était MA veille qui était négligeable !
Il faut dire que plusieurs choses m'avaient alertées, précédant ce constat.
Tout d’abord, étant perçue comme « la geek de l’équipe » (bien que ce soit une erreur, et que j’éprouve par ailleurs une grande lassitude à voir employé ce mot pour un oui pour un non-mais dans ce contexte précis, je ne peux m’en plaindre, ce n’est pas du tout une appréciation négative!), l’idée que je puisse éveiller dans l’équipe quelque curiosité concernant les outils web pour créer une veille collaborative en mode pull a été évoquée. Pour n’effrayer personne et créer du collectif, j’avais choisi le plus simple des outils en vogue : scoop-it.
Ce fut peine perdue (et pourtant, il s’agit d’une équipe pluridisciplinaire ouverte, où l’ambiance est franchement bienveillante).
Chacun continua de faire son petit marché dans son coin. Certains partageaient leurs prises, d’autres pas du tout. J’en déduisis que le mode pull n’était pas adapté ! Plus tard je m’aperçus qu’il s’agissait en fait d’une techno-résistance patente de certains. Pour d’autres, le fait que je ne sois pas officiellement « chargée de mission veille » empêchait de voir légitimer mes choix de curation. Bref, la résistance à la veille a plusieurs origines, ici :
-légitimité du veilleur (il est vrai que ni un DEES ni un master SIFA ne contiennent de modules de veille et si votre responsable vous reconnaît certaines aptitudes du fait d’une pratique personnelle, encore faut-il que vos collègues y donnent suite) -difficultés, pour différentes raisons à admettre un changement de pratiques -difficulté à partager des informations -saturation d’informations -déficit de curiosité intellectuelle (ça, c’est la vie d’adulte, tout simplement : on a tous tendances à nous reposer sur nos acquis même s’ils deviennent obsolètes !)
Enfin, chargée de faire de la veille du fait de la mission santé qui m’était dévolue afin d’élaborer avec une équipe d’expert une nouvelle thématique pédagogique, j’ai davantage simplifié les contenus que je livrais en équipe, avec des sous- thématiques plus traditionnelles à destination d’un public de professionnels de l’insertion et de la formation.
Lorsque j’ai eu confirmation de la non utilisation de cette veille, je fus bien soulagée d’apprendre qu’une collègue officiellement chargée de mission au VEILLE dans une structure partenaire allait prendre le relais. Nous échangeâmes sur l’état de la veille, les difficultés rencontrées, les besoins, les profils à qui la veille est destinée.
Suite à cela, dégagée de cette mission informelle de veille, mais continuant de l’effectuer pour moi-même, avec mes outils web habituels (flux rss, alertes, temps réservés, agrégateurs de liens, etc…) je me suis penchée sur la question des techniques de formalisation, afin d’éviter ce genre d’aventure lors d’une prochaine occasion.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris qu’il y avait beaucoup d’articles sur les outils de veille disponibles sur le web mais très peu sur les stratégies permettant de rendre cette veille active, collaborative, bref, d’avoir un réel impact sur l’action !
En effet, à l’ère de l’infobésité, l’acte de curation (choix, thématiques, partage, organisation etc…) sont essentiels pour ne pas partir dans tous les sens. L’arborescence hypertextuelle est en effet parfois un véritable piège hypnotisant que seuls les onglets permettent de contourner en retrouvant la logique et le point de départ de la recherche !
Et je suis tombée sur cet article très intéressant (sur le site "l'oeil au carré") bien que polémique, remettant en question la « compétence veille » au profit de la profession de veilleur. Il semble pourtant que nous soyons tous, plus ou moins, invités par l’époque et nos managers à effectuer des fonctions de veille, sinon de curation.
La veille peut effrayer certains car elle peut entrainer une sorte d’addiction à l’information et est perçue comme chronophage pour ceux qui la pratique « en plus » de leurs fonctions originelles. Ce n’est pas une idée reçue, c’est une réalité. Pour autant, dans notre société cognitive telle que la notre ajoutée au contexte de mobilité et de mouvement perpétuel ultra connecté, il est judicieux de « rester en veille » sinon de « faire de la veille ».
Alors, veille-compétence ou veille-métier ?
Bien que je comprenne tout à fait le point de vue des veilleurs professionnels, je reste convaincue qu’une compétence de veille est un plus qui devient incontournable. Malgré ma difficulté à faire passer une veille un peu trop high-tech, plus futurible que prospective (c’est à dire mal contextualisée), je serais de mauvaise fois d’ignorer l’impact positif que mes démarches ont eu : beaucoup d’échanges autour des nouvelles pratiques, notamment et une de mes collègues, qui a certes continué de pratiquer une veille personnelle mais partagée, au contact de laquelle j’ai pu constater que cet « éveil », sans faire de jeu de mot facile avait pour résultat de nous rendre plus créative, plus collaborative. Cette « compétence de veille » que l’on avait repéré chez moi , si elle a du être adaptée à la dimension locale de ma structure, s’est tout de même avéré être un gros avantage. Je suis convaincue que nous gagnons tous à acquérir au moins en auto-formation cette compétence de veille et je puis attestée qu’elle n’est pas courante et pourtant très prisée.
Pratiquer la veille a en effet plusieurs effets sur le veilleur occasionnel :
-éveil de la curiosité (pour être force de proposition, par exemple) -recoupement des informations de façon analogique (détection des ressemblances entre les données) -développement de l’agilité à repérer les ressources et les chemins pour y accéder (rapidité de prise de décision, détection de pertinence) -envie de partager les trouvailles et d’échanger (sociabilité, goût du collectif, capacité à travailler en équipe) -découverte (prospective, early adopting, déblocage de situations problèmes, créativité)
Le veilleur peut présenter ces caractéristiques au départ, cependant l’on peut aussi constater qu’il les développent par l’exercice de la veille. De plus, la veille partagée, tel que le meilleur aspect du web 2.0, 3.0 peut le permettre, accentue la sociabilité au sens où lorsqu’on se sait bien informé, l’on est moins complexé pour communiquer. Sociabilité connectée et sociabilité incarnée se stimulent l’une l’autre. On le dit assez souvent, au demandeurs d’emploi et/ou aux étudiants : restez en veille sur votre secteur, collectez les informations, regardez ce qui se fait, ce qui se dit, sur le marché du travail !
Dont acte !
Oui, mais…
Comment faire une veille efficace ?
Il ressort que la formalisation d’une veille a grand avantage à se présenter sous une forme infographique cela donne l’illusion d’avoir dompté la complexité d’un système amenant à juxtaposer « pour info et par soucis d’objectivité » des articles contradictoires.
Quand à la formalisation, il y a certains incontournables :
Faire une sorte de cahier des charges préalables :__
-que cherche-t-on (infos locales ? Fiches de postes types ? témoignages ? Des chiffres ?) -Pour qui ? (pour soi, pour des amis, pour une équipe, un employeur ? ) -Pour quoi ? (connaître les entreprises à démarcher et faire des CV+LM adaptés ? Pour connaître un bassin d’emploi particulier ? Donner à une équipe une vue d’ensemble d’une thématique ? Une vue spécialisée ?) -Dans quel objectif (Trouver un emploi ? Une formation ? Recueillir des données en vue de régler un problème ou de nourrir un projet ? D’avoir des informations à donner à des clients ? Faire une étude de marchée ?) -Quel niveau de profondeur de l’information on recherche ? (Local, national, international ? spécialisé, de pointe ? Général ? Scientifique, Grand public, médian ?)
Toutes ces questions font déjà partie de la veille et les squeezer serait une erreur stratégique. En effet, si vous utilisez un des nombreux outils de veille gratuits et performants qui circulent sur le web, vous serez bien avisés d’avoir déjà dégagé les grandes lignes de votre investigation dynamique (car une veille, c’est une enquête dont les indices changent tout le temps, en temps quasi réel –ceux qui sont sur twitter ou netvibes le savent bien, « trop d’infos tue l’info »). Avoir déjà préparé les réponses à ces questions vous permettra de nommer vos onglets principaux. Je n’évoquerai pas ici les nombreux outils de veille automatisée(le blog du modérateur, mais aussi de nombreux autres sites et autres forum sont des ressources inépuisables à ce sujet) mais plutôt « l’art de trier » et de hiérarchiser.
Ensuite, et ce n’est pas la moindre des étapes, il faut « vérifier vos sources » et recouper les infos (même si, comme je l’espère, vous avez en amont élu des providers fiables) afin de livrer une veille irréprochable et « argumentable ».
__Une veille ne doit pas être :
Bordélique (au feeling) Permanente (prévoir un créneau horaire) Hors sujet (cf cahier des charges) Trop riche (surcharge cognitive) Trop pauvre (inutile) Sans thématique et sous-thématiques (voir cahier des charges et contextualisation) Sans fil conducteur (il était une fois…)__
Seule une préparation en amont, vous aideront à atteindre ces objectifs et éviter les pièges, et, si cette veille est une commande institutionnelle, j’espère que mon cas évoqué ci-dessous vous donnera le courage de remonter à cheval et de rapidement rechercher de nouvelles stratégie : la veille doit à la fois s’adapter à son public tout en lui apportant quelque chose qu’il n’a pas la sensation de déjà connaître. Une veille trop chargée et trop passionnée, surtout si elle est multilingue, l’étouffera et le fera fuir !
Nos boîtes mail sont saturées, donc, pour qu’une veille soit vivante, il faut l’animer, la questionner, et cela ne peut réellement se faire en équipe professionnelle que par l’échange en réunion d’équipe ou dans les couloirs.
Un petit mot sympa, un dicton, une citation contextualisée en feront un rendez-vous agréable ! Ben quoi : tout le monde aime les lol cat car tout le monde a besoin d’une faille « cute » dans la grisaille quotidienne!
J’ajouterai, pour celles et ceux qui sont des veilleurs occasionnels dont l’objectif est purement personnel, qu’une formalisation n’est pas superflue même si elle n’est destinée qu’à vous. Remettre en forme votre veille, la rendre esthétique, même, représentent une forme de travail intellectuel qui vous permet de « métaboliser » les informations recensées, de leur donner corps et sens en tant qu’ensemble et non comme poussière d’infos, fragments de presse, ce qui peut être perturbant. Une veille active est l’opposée du zapping. Même si tout va très vite sur le web, prendre le temps de formaliser, de rendre agréable à la vue un ensemble de données utiles participent non seulement du plaisir (oui, c’est possible, même en cherchant un emploi et même quand on en a trouvé un !) mais d’un processus d’appropriation des informations qui vous éclairera sur le sens et la suite à donner à celles-ci.
En espérant que mes déboires passés vous apportent quelque chose de constructif dans votre démarche de chercheurs et chercheuses de possibles !
A.W.A. __
